LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LUC BLANCHETTE MINISTRE DES FORÊTS, DE LA FAUNE ET DES PARCS

 

18 septembre 2017

LETTRE OUVERTE À MONSIEUR LUC BLANCHETTE
MINISTRE DES FORÊTS, DE LA FAUNE ET DES PARCS

Steve Troletti, président des Amis du parc national des Îles-de-Boucherville
Christian Simard, directeur général de Nature Québec
Alain Saladzius, président de la Fondation Rivières
Guy Morin, président d’Environnement Boucherville

 

À l’été 2016, vous avez pris la décision de reconduire jusqu’en décembre 2017 les contrats autorisant l’activité agricole industrielle dans le parc national des Îles-de-Boucherville. En 2008, les autorités du ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs avaient décidé que ces contrats prendraient fin en décembre 2016 et ne seraient plus renouvelés. Cette décision a été maintenue jusqu’à la vôtre.

C’est en vertu de la Loi sur les parcs de 1977 que le parc des Îles-de-Boucherville a été créé en 1984 avec le statut de parc de récréation plutôt que de conservation selon la classification définie dans la loi. Cependant, la Loi sur les parcs a été modifiée en 2001 affectant tous les parcs du vocable de parc national dont l’objectif prioritaire est d’assurer la conservation permanente de territoires représentatifs des régions naturelles du Québec.

La culture intensive actuelle du maïs nécessite l’usage de fertilisants, de pesticides et d’herbicides qui sont dommageable pour l’environnement. À deux reprises, en 2002 et 2004, le Centre Saint-Laurent d’Environnement Canada avisait la direction du parc que la concentration de pesticides excédait de trois fois les normes permises dans les eaux de surface. En 2004, la Coalition pour les Alternatives aux Pesticides adressa un avis au directeur du parc mentionnant que l’agriculture tel qu’elle se pratique est contraire aux principes de conservation d’un parc national et incompatible avec sa vocation. La Table d’harmonisation de la Sépaq a abordé plusieurs fois la question de l’agriculture et signalé que l’agriculture entraînait des conséquences environnementales déplorables pour un parc voué à la conservation.

À votre demande, la Direction des parcs nationaux de votre ministère a constitué, en novembre 2016, une table de concertation dans le but de formuler des recommandations pour l’avenir des terres agricoles. Le rapport de la Table de concertation a été remis en mars 2017.

Plusieurs recommandations concernant les conditions de pratique agricole maintiennent l’usage d’insecticides, de pesticides et d’herbicides. Seule la prohibition de l’ensemble de ces produits chimiques est de nature à respecter la vocation d’un parc national voué à la conservation des écosystèmes de son territoire. De plus, une recommandation ouvre la porte à produire un plan de drainage souterrain sur les terres louées à des fins agricoles alors que ce procédé est interdit actuellement. Un éventuel drainage souterrain des terres ne pourra que favoriser encore plus l’écoulement des pesticides dans le fleuve Saint-Laurent et amplifier un effet sur la qualité de l’eau depuis plusieurs décennies.

La seule manière de permettre la poursuite de l’activité agricole sur les terres du parc national des Îles-de-Boucherville en conformité avec la vocation de conservation du parc est qu’elle soit de type biologique. Il est connu que la culture du maïs peut se pratiquer au moyen de la lutte intégrée aux ennemis de la culture avec des agents biologiques.

Nous croyons que l’agriculture industrielle telle qu’elle se pratique actuellement dans le parc national des Îles-de-Boucherville projette une mauvaise image du parc et du réseau des parcs québécois. Nous vous demandons de rendre les 142 hectares en culture dans le parc conformes à la Loi sur les parcs nationaux.

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